Prime Conseil

24/03/2025

Intelligence artificielle et contract management : regards croisés

Article de blog :
intelligence artificielle & contract management

La vaste étude sur les tendances 2025 du contract management réalisée par Prime Conseil en partenariat avec contractmanagement.fr a permis d’identifier l’intelligence artificielle (IA) comme grande priorité des contract managers. Nous avons ainsi choisi de creuser la thématique au travers d’une mini-série d’articles sur l’IA et le contract management. Après avoir publié sur les bonnes pratiques de l’IA en matière de contract management, puis sur les impacts de l’IA en matière de contract management, nous vous proposons de clore cette mini-série avec une interview croisée singulière. Une interview qui permet de passer des concepts théoriques de l’ANSSI, du CIGREF et consorts au quotidien des contract managers avec des insights pratiques et actionnables.

Pour cela, nous avons réuni trois personnalités aux parcours, expériences et expertises singulières lors d’un échange que nous vous invitons à découvrir ci-dessous :

Présentation des intervenants

Bonjour à tous les trois, je vous propose de débuter par un rapide tour de table qui permettra aux lecteurs de comprendre pourquoi j’ai IMMEDIATEMENT pensé à vous lorsque j’ai imaginé une interview d’experts sur l’IA & le contract management !

cyril de villeneuve legaltech clm ia contract managementCyril de Villeneuve: Je travaille dans l’écosystème juridique depuis les années 2000 après avoir travaillé dans deux grands groupes d’édition professionnels. Passionné par l’innovation, j’ai rejoint Philippe Ginestié pour développer Ginerativ puis Gino LegalTech, qui propose une solution de gestion du cycle de vie des contrats (CLM) augmentée par l’IA. Depuis 2021, j’ai créé ma propre structure pour continuer à accompagner des sociétés dans leur croissance, dont Gino LegalTech. Par ailleurs, je suis co animateur du groupe legaltech de France Digitale, qui rassemble une quarantaine de startup en France dans une douzaine de domaines.

 

mathieu bouillon caarl flits legaltechMathieu Bouillon: Je suis entrepreneur récidiviste dans le monde du droit, et consultant spécialisé Legaltech. Je suis notamment fondateur de Flits, agence légal IA.

A ce titre, je donne des conférences, forme et accompagne dans leur déploiements IA de nombreux professionnels du droit.

 

 

lucas vincent contract management

Lucas Vincent: Bonjour, je suis entrepreneur dans le domaine de l’IA et du digital. J’ai cofondé Transcri, un SaaS d’IA dédié à la transcription audio, ainsi que contractmanagement.fr, premier site d’information dédié au contract management.

Je suis parallèlement consultant en marketing digital & growth, et accompagne à ce titre des entreprises dans leur stratégie de visibilité et de développement omnicanal en ligne.

Interview complète :

Lucas, avec Contractmanagement.fr tu es co-auteur de notre étude sur les tendances 2025 du contract management, as-tu été surpris de voir l’IA si largement en tête ?

Lucas : C’est tout sauf une surprise. Aujourd’hui l’intelligence artificielle transforme tous les secteurs, il n’y a pas de raison que le contract management ne fasse exception. Avec l’augmentation du volume de contrats et la complexité des échanges commerciaux, les entreprises recherchent des outils capables d’automatiser les tâches chronophages et d’améliorer la gestion des risques tout en fluidifiant les négociations. L’IA commence à apporter des réponses pertinentes à ces besoins en permettant d’analyser rapidement de grandes quantités de données, de détecter les clauses sensibles ou encore de rédiger automatiquement des clauses. Il est donc logique que les professionnels du pilotage de contrats s’intéressent à l’IA. 

Mathieu, Cyril, dans cette grande étude sur le contract management que nous avons publiée le mois dernier, près de 40% des répondants voient l’IA comme LA grande tendance qui va impacter le contract management en 2025. Selon vous, plutôt buzzword de l’année ou vraie tendance de fond ?

intelligence artificielle contract management

Mathieu : Honnêtement, 40% me semble même en-deçà de la réalité. L’IA est déjà un levier structurant pour le contract management et s’impose comme une transformation de fond. Ce n’est pas une promesse future, c’est une réalité opérationnelle. Les cas d’usage les plus matures (rédaction automatisée ou encore gestion intelligente de portefeuille de contrats pour ne citer qu’eux) répondent directement aux défis du secteur. Aujourd’hui, l’IA ne se contente plus d’accélérer la production contractuelle, elle optimise aussi l’analyse, la conformité et commence à assister sur l’exécution des engagements. La question n’est donc pas de savoir si l’IA va impacter le contract management, mais jusqu’où elle va le transformer. Les entreprises qui l’intègrent dès maintenant prennent une longueur d’avance en matière d’efficacité et de maîtrise des risques

Cyril : J’ajouterais que l’IA constitue un véritable saut technologique, bien au-delà d’un simple effet de mode. L’étude menée par Prime Conseil rejoint les conclusions de l’étude “Legaltech & IA générative : imaginer la fonction juridique du futur ! » publiée en février 2025, à laquelle j’ai contribué pour France Digitale en partenariat avec PwC et le Cercle Montesquieu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 62% des Directeurs Juridiques estiment que l’intégration de l’IA par les Legaltech est un critère décisif dans le choix de leurs outils, et 30% l’utilisent déjà dans leur pratique contractuelle. Une tendance qui ne fait que s’intensifier, puisque 60% d’entre eux prévoient d’adopter l’IA générative dans ce domaine d’ici 12 mois. L’accélération est en marche, redéfinissant les standards du marché aussi bien pour les juristes que pour les contract managers.

L’étude identifie trois principaux freins à l’adoption de l’IA en contract management : cybersécurité, gouvernance des données et absence de solutions réellement « game changers ». Pensez-vous que ces obstacles peuvent être surmontés ?

Mathieu : Oui, et ils le seront rapidement. La cybersécurité pose surtout un enjeu de souveraineté ainsi que de confidentialité. Sur ces points, des solutions européennes émergent, garantissant un meilleur contrôle. La gouvernance des données n’est pas une thématique propre au contract management, mais une réflexion globale que doivent avoir les organisations sur leur patrimoine informationnel. Les entreprises doivent se saisir du sujet, des solutions existent. Enfin, s’agissant de l’absence de solutions « game changers », je laisse le soin à Cyril de développer mais selon moi elles commencent à émerger et se développent à grande vitesse ! Si l’intégralité du cycle de vie des contrats n’est pas traité aujourd’hui, l’IA évolue si rapidement que ce qui semble limité aujourd’hui sera transformé demain. 

Cyril : Les legaltech qui ont le plus rapidement intégré l’IA générative dans leurs solutions sont celles dont la proposition de valeur s’articule autour de trois domaines clés : le contract management, la recherche juridique et la conformité. Dans le domaine contractuel, Gino LegalTech s’est imposé comme un précurseur en étant le premier éditeur français de CLM à avoir intégré l’IA générative. Depuis mars 2023, Gino LegalTech intègre de l’IA dans ses différents modules et capitalise d’une part sur sa stack technologique avancée et d’autre part sur sa fine compréhension des besoins des juristes et contract managers. Alors certes, l’enrichissement de la gestion post-exécution des contrats est un enjeu-clé pour lequel du chemin reste à parcourir, mais comme le disait Mathieu, l’IA évolue très rapidement et cette étape du cycle de vie des contrats ne devrait pas échapper à l’intelligence artificielle. 

Restons sur ce cycle de vie des contrats, Mathieu quelles étapes peuvent selon toi dès à présent être confiées à des outils ou systèmes d’IA ?

automatisation IA contract management
Leeway Hertz – AI in contract management

Mathieu : Contrairement aux idées reçues, de nombreuses solutions permettent déjà d’alléger la charge des contract managers, principalement sur les étapes suivantes :

  •   Négociation et rédaction : des CLM ou des bots maison permettent déjà de générer de drafts à partir de documents préliminaires, d’évaluer leur conformité à des règles internes et même de proposer de nouvelles clauses en fonction d’un contexte de négociation et d’un corpus de règles à respecter.
  •   Suivi et exécution : Pour ne prendre que cet exemple : il est déjà possible d’utiliser des outils permettent de détecter des informations clés (échéances, obligations, pénalités), et de générer à partir de ces dernières des contract awareness et autres synthèses, ou encore de générer des alertes automatisées pour ne pas passer à côté de jalons contractuels tels que la remise de livrables documentaires ou autres.

Certes le cycle n’est pas couvert en intégralité aujourd’hui, mais il existe déjà de nombreux outils qui permettent aux contract managers d’aller plus vite, de mieux analyser et surtout, de se concentrer sur ce qui compte : la stratégie, la négociation et la gestion des risques et opportunités.

Il semblerait que les étapes du cycle de vie des contrats qui concernent les juristes aient été traitées avant celles qui concernent en premier lieu les contract managers. Cyril, pourquoi selon toi les éditeurs de CLM ne s’adressent-ils pas aux contract managers ?

Cyril : Le marché des directions juridiques – de part sa taille et son faible taux d’équipement – est effectivement un marché qui a, dans un premier temps, davantage intéressé les éditeurs de CLM. Cependant, après avoir conçu des produits principalement pour les juristes, les éditeurs de CLM les ont ensuite fait évoluer – à travers des expériences utilisateurs plus conviviales, l’ajout de module de négociation et d’outils collaboratifs, l’enrichissement d’indicateurs de pilotage (KPI) – pour cibler également les directions opérationnelles qui interagissent de concert avec les juristes. Certains contract manager – certes encore peu nombreux – utilisent déjà les solutions actuelles du marché mais je suis très confiant quant à leur prochaine utilisation grâce à la puissance de l’IA générative et à l’enrichissement des fonctionnalités post exécution du contrat.

Dans la continuité de la question précédente, penses-tu Cyril que l’IA peut être le levier permettant aux CLM de franchir la frontière de l’administration de contrats, et de se frotter réellement à son pilotage ?

Cyril : Absolument, L’IA structure et accélère déjà la négociation en affinant la gestion des risques et en apportant une meilleure visibilité sur les droits et obligations des parties. L’apport de l’IA dans la négociation permet de détecter les écarts, de proposer des ajustements rédactionnels ou encore de générer un score de conformité dont le contract manager et/ou le juriste aura(ont) préalablement défini(s) les critères et les seuils d’acceptabilité, facilitant une prise de décision plus éclairée.  En poursuivant ce cheminement, il semble ainsi évident d’imaginer demain des fonctionnalités avancées basées sur l’IA, comme l’analyse du registre des livrables (identification et suivi des obligations assorties de délais ou de processus spécifiques issues d’un document : email, courrier, contrat, avenant…) ou encore l’évaluation financière du portefeuille de contrats.  Les solutions CLM évoluent bien au-delà de la simple gestion documentaire. Elles deviennent de véritables outils de pilotage stratégique, couvrant l’ensemble du cycle de vie contractuel, de la rédaction initiale jusqu’à la clôture effective du contrat.

Lucas, avec ton parcours entrepreneurial dans le digital, tu as un regard aiguisé sur les outils IA et productivité. Au-delà de solutions intégrées comme des CLM, as-tu quelques outils IA incontournables que les contract managers pourraient utiliser ? 

Lucas : Bien sûr ! En réalité, certains contract managers ont déjà à leur disposition des outils « powered by AI » au sein de leur organisation. Entre DocuSign Insight qui peut exploiter les metadonnées des contrats, ou encore Copilot pour les entreprises qui travaillent sous Microsoft, ce ne sont pas les outils qui manquent. Ensuite, l’idée n’est pas de pousser au shadow IT, mais selon les permissions, droits et espaces de liberté numérique dont peuvent bénéficier les contract managers, la création d’agents IA personnalisés via des solutions comme Ucontrol.ai, de Plusai.com pour générer des présentations plus rapidement, ou encore de Transcri.io pour faciliter vos comptes-rendus de réunion ou garder une trace écrite de vos négociations sont autant d’outils à explorer.

Mathieu, si tu avais trois conseils à donner à un(e) contract manager qui souhaite franchir le pas de l’IA, quels seraient-ils ?

Mathieu : Avant de vous précipiter vers une “solution”, commencez par identifier le problème : commencez par identifier vos points de friction. Où vous perdez le plus de temps : rédaction, recherche de clauses, suivi des échéances ? En ayant une vision claire de vos besoins, vous pourrez choisir l’outil qui aura un impact immédiat sur votre quotidien. Mon second conseil serait d’y aller par itérations. Pas besoin d’attendre la solution parfaite et tout-en-un. Si votre enjeu principal est la rédaction, testez un assistant contractuel. Si c’est la gestion des obligations, optez pour une IA qui automatise les rappels. L’important, c’est d’intégrer progressivement l’IA là où elle apporte le plus de valeur. Mon dernier conseil serait de rester curieux et en veille. L’IA évolue à grande vitesse. Plus tôt vous commencez à l’utiliser, plus vous serez à l’aise avec ces outils et prêt à adopter les innovations à venir. L’idée n’est pas de tout révolutionner du jour au lendemain, mais d’avancer intelligemment, en gardant le contrôle. En résumé : testez, ajustez, et gardez l’esprit ouvert. L’IA n’est pas un remplacement, c’est un accélérateur pour votre métier !

Je ne pouvais pas terminer cet échange sans vous poser, à vous trois, LA question qui est sur toutes les lèvres : pensez-vous que l’IA remplacera le contract manager ?

contract manager intelligence artificielle

Mathieu : Je m’y attendais ! Selon moi c’est non. L’IA permettra d’automatiser les tâches répétitives, mais ne remplacera pas l’humain dans la négociation, la gestion des risques ou la prise de décision stratégique. Plutôt qu’une menace, je vois l’IA comme une opportunité d’évolution pour la profession.

Lucas : Idem, en revanche je suis convaincu que l’IA va impacter les contours de la discipline, le rôle du contract manager, et mettre en valeur la dimension humaine et relationnelle du métier.

Cyril : Je rejoins Mathieu et Lucas, l’IA ne remplacera pas le contract manager, mais elle transformera profondément son métier.

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